Dans le cadre des Journées du Logiciel Libre des 30 et 31 mai 2026 à Lyon, où l’association RxLaboratorio sera présente, nous avons mené une enquête pour évaluer l’utilisation des logiciels libres dans le domaine de la production audiovisuelle.
L’enquête est menée dans un but quantitatif, mais aussi, et surtout, qualitatif, afin d’évaluer les raisons qui poussent les travailleurs et travailleuses et les entreprises à choisir, ou non, d’utiliser des logiciels libres, et quels peuvent être les freins ou les incitations à l’adoption de ces logiciels.
Cette enquête est faite à travers un formulaire en ligne, anonyme (voir la section méthodologie pour plus d’informations), qui reste ouvert ici. Nous vous invitons à le compléter afin de continuer à affiner les résultats en augmentant le nombre de participations.
Données mises à jour le 25 mai 2026.
Table des matières
Résumé
RxLaboratorio défend les licences libres et open source comme moyen de garantir la liberté des utilisateurs et utilisatrices, leur émancipation et leur indépendance, notamment afin que leurs outils ne soient jamais un frein à l’expression de leurs idées.
Les licences libres des logiciels garantissent quatre libertés fondamentales à leurs utilisateurs : la liberté d’utiliser le logiciel dans n’importe quel but, la liberté de modifier le logiciel comme on le souhaite, la liberté de partager le logiciel, et enfin la liberté de partager les modifications qu’on a faites du logiciel. La liberté de l’utilisateur est donc totale. Par opposition, les logiciels non libres sont qualifiés de privatifs pour appuyer le fait qu’ils privent de certaines libertés (et sont la plupart du temps aussi privés / propriétaires). Vous pouvez lire ici notre page explicative sur la plus répandue des licences libres, la Licence Publique Générale GNU.
Convaincue de l’utilité de ces licences, l’association cherche à mesurer leur usage dans les productions audiovisuelles, et les raisons qui peuvent freiner leur adoption, ou au contraire la favoriser. C’est dans ce cadre que nous présentons ici les résultats de cette enquête, menée en ligne via un questionnaire anonyme.
Malgré un nombre relativement réduit de participations à date, les profils des répondants sont variés, et nous pouvons facilement dégager des tendances nettes, qui resteront à confirmer avec plus de participations. Ces tendances confirment notre intuition : l’intérêt pour les logiciels libres est réel, et la satfisfaction d’utiliser des alternatives libres aux logiciels privatifs est facilement mesurable, malgré un usage encore minoritaire, pour des raisons que nous explorons ici.
Le faible nombre de répondants ne nous permet cependant pas de faire des recoupements plus approfondis, par exemple en prenant en compte le type de productions ou la taille des équipes. N’hésitez pas à nous aider en répondant à l’enquête et en partageant le formulaire autour de vous !
Évaluation quantitative et comparée de l’usage des logiciels libres
L’usage des logiciels sous licences libres semble déjà relativement bien répandu, représentant entre 26,5% et 43,5% de la production, suivant la manière de le calculer ; il reste toutefois majoritairement cantonné à des applications secondaires et de nombreux, mais petits outils. En nombre de produits, les logiciels libres dans leur ensemble sont bien plus nombreux que les logiciels privatifs, mais pris individuellement, chacun de ces produits est bien moins utilisé que les grandes applications des principaux éditeurs de logiciels en usage dans le domaine : Google, Microsoft, Adobe, SideFX, Epic Games, BlackMagic Design, Autodesk et Maxon pour les plus importants.
Il ressort par ailleurs que les plus utilisés des logiciels libres sont aussi les applications les plus grandes et complètes ou complexes (Blender, LibreOffice et OpenOffice, Krita…). Il faut noter aussi que certains “petits” outils libres sont en fait des briques logicielles réutilisées par d’autres applications, y compris des logiciels privatifs (FFmpeg, OpenSSL, OpenEXR, OpenImageIO, etc.) et qu’en ce sens, les logiciels libres forment aussi un socle fondamental et indispensable, bien que non mentionné dans notre enquête. Une part substantielle de l’usage du libre ou d’outils open-source consiste d’ailleurs en extensions (plugins, add-ons, scripts…) pour des logociels privatifs qui proposent malgré tout une interface de programmation.
Le cas de Blender est exceptionnel, et dans les résultats actuels de l’enquête, il se place en tête de liste, tous usages confondus ; ce ne serait probablement pas le cas si l’enquête se limitait aux studios d’animation ou d’effets spéciaux, qui travaillent très majoritairement avec Autodesk Maya, mais elle s’étend à d’autres métiers et aux indépendants. Quoi qu’il en soit, même si les entreprises utilisent principalement d’autres logiciels, la gratuité et la facilité d’installation font que Blender est tout de même présent dans de nombreuses entreprises sans être pour autant le logiciel phare de la production.
Évaluation qualitative des choix des logiciels
Au-delà de cet état des lieux, nous nous sommes intéressés de manière plus qualitative à la manière dont les utilisateurs et utilisatrices choisissent leurs logiciels et les raisons qui peuvent pousser à l’adoption des logiciels sous licence libre.
Deux critères se démarquent nettement dans le choix des outils, sans surprise : l’adéquation des fonctionnalités avec les besoins et la fiabilité. Les autres critères les plus importants sont, dans l’ordre : le prix, la possibilité de faire tourner l’application en local (qu’elle ne soit pas un SaaS, Software as a Service), et la disponibilité d’une documentation complète.
A contrario, et logiquement, il est préféré que l’application ne soit pas distante, dans le “cloud”. D’autres critères sont perçus comme particulièrement peu importants, par exemple la localisation géographique du développeur ou de l’éditeur, ou le fait que le logiciel soit enseigné dans les écoles. Ce dernier point semble entrer en contradiction avec le fait que la disponibilité de personnes ayant de l’expérience sur le logiciel est un critère distinctement plus important. L’association relève que l’ouverture du code source tout comme la possibilité de modifier les logiciels sont des critères notablement peu importants dans le choix des logiciels, en contradiction avec le besoin exprimé de fonctionnalités et de fiabilité.
Du côté des logiciels libres, les principaux critères qui poussent à leur adoption sont, logiquement, les fonctionnalités disponibles, mais aussi : l’absence d’abonnement ou de location, le prix, la disponibilité de la documentation, l’existence d’une grande communauté d’utilisateurs et utilisatrices, et l’extensibilité, la possibilité d’ajouter des plugins. L’éthique et l’indépendance sont aussi des critères forts.
Du côté des logiciels privatifs, peu de critères sont perçus comme particulièrement importants, hormis quatre : les fonctionnalités disponibles, le fait que le logiciel soit déjà très utilisé par un très grand nombre, le manque d’alternatives open-source ou libres, ou pour une raison historique, le logiciel étant déjà intégré dans une chaîne de fabrication. Il est notable que sur ces quatre raisons, trois d’entre elles tiennent plus de la contrainte que d’un libre choix.
Niveau de satisfaction
Les niveaux de satisfaction autour de l’usage des logiciels libres et privatifs est clairement différent. 14,6% des utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres se déclarent totalement satisfait contre seulement 1,75% pour les logiciels privatifs. Sur une échelle allant de “pas du tout satisfait” (0%) à “complètement satisfait” (100%), le score des logiciels libres est de 68,3% tandis que celui des logiciels privatifs est de 48,7%.
L’insatisfaction relative liée à l’utilisation des logiciels privatifs semble en grande partie liée au sentiment d’impuissance et d’aliénation des utilisateurs et utilisatrices (les commentaires reçus grâce aux questions ouvertes témoignent même d’une intense frustration). En ce sens, il est tout à fait pertinent d’appuyer la démarche d’émancipation que représente l’adoption des logiciels libres, tout en gardant en tête que la raison principale du choix des logiciels réside dans la qualité des fonctionnalités disponibles et leur prix.
Développement
Nous nous sommes aussi intéressés au développement informatique au sein des entreprises. 31.1% des répondants déclarent développer leurs propres outils, qu’ils soient simples scripts ou applications complexes. Le faible nombre de répondants ne permet pas de tirer des conclusions fiables sur ce sujet, mais nous pouvons noter tout de même que seulement 35,7% d’entre eux déclarent mettre leurs outils à disposition sous licence libre, les autres les gardant privés pour usage interne.
Environnement et usage des logiciels libres
Une première partie de l’enquête s’attache à quantifier les rapports d’usage entre logiciels libres et privatifs, pour donner un aperçu de l’état des lieux actuels.

Système d’exploitation
Microsoft Windows est incontestablement le plus répandu des systèmes d’exploitation dans la production audiovisuelle, représentant 63,4% des usages, suivi de Linux (le système libre) avec 19% des usages et enfin Mac OS avec 17,4%.
Lors de l’enquête, nous avons laissé la possibilité aux répondants de sélectionner plusieurs systèmes : 11,1% des répondants utilisent à la fois Windows et Mac OS, et 13,3% des répondants utilisent à la fois Windows et Linux. Ceux utilisant aussi bien Mac OS que Linux ou les trois systèmes représentent moins de 5% des usages.
Ainsi, Windows est présent chez 88,9% des répondants, Linux chez 26,7% et Mac OS chez 24,4% d’entre eux.

Part des logiciels libres
En se basant sur la liste des logiciels utilisés, la part des logiciels libres est de 27,7% (hors système d’exploitation). Toutefois, en demandant aux répondants d’évaluer leur usage et l’importance des logiciels libres dans leur production, cette part atteint 43,3% des usages en moyenne. Cette large fourchette permet de constater un usage qui dépasse a minima le quart et possiblement le tiers des outils utiles à la production, et confirment l’importance des licences libres déjà en usage aujourd’hui. Renouveler cette enquête ultérieurement, et à intervalles réguliers, nous permettra de suivre l’évolution de ce ratio.
Nous avons établi une liste quasi exhaustive des applications utilisées dans la production audiovisuelle (confirmée par un champ additionnel de réponse libre sur le questionnaire, permettant aux répondants d’ajouter de nouvelles applications). Blender arrive en tête de liste des applications utilisées, suivi de la suite Adobe Creative Cloud (qui comprend Photoshop, After Effects, Premiere Pro, etc.) et des outils d’administration (Google Docs, LibreOffice et Microsoft Office).

Il ressort que les plus utilisés des logiciels libres sont aussi les applications les plus grandes et complètes ou complexes (Blender, LibreOffice et OpenOffice, Krita…). Il faut noter aussi que certains “petits” outils libres sont en fait des briques logicielles réutilisées par d’autres applications, y compris des logiciels privatifs (FFmpeg, OpenSSL, OpenEXR, OpenImageIO, etc.) et qu’en ce sens, les logiciels libres forment aussi un socle fondamental et indispensable, bien que non mentionné dans notre enquête.
Le cas de Blender est exceptionnel, et dans les résultats actuels de l’enquête, il se place en tête de liste, tous usages confondus ; ce ne serait probablement pas le cas si l’enquête se limitait aux studios d’animation ou d’effets spéciaux, qui travaillent très majoritairement avec Autodesk Maya, mais elle s’étend à d’autres métiers et aux indépendants. Quoi qu’il en soit, même si les entreprises utilisent principalement d’autres logiciels, la gratuité et la facilité d’installation font que Blender est tout de même présent dans de nombreuses entreprises sans être pour autant le logiciel phare de la production.
D’autres points de comparaison méritent d’être faits :
- Dans le domaine des moteurs de rendu temps réel et interactif, le moteur libre Godot est à égalité avec Unity, bien que toujours loin derrière Unreal Engine.
- En ce qui concerne les outils bureautique, LibreOffice et OpenOffice combinés dépassent le leader Google Docs, bien que d’un usage un peu différent (Google Docs permet l’utilisation collaborative en temps réel au contraire des applications hors ligne de LibreOffice ou OpenOffice), et leur usage semble être complémentaire plus qu’en concurrence. Quoiqu’il en soit, malgré son entrisme et un lobbying fort, Microsoft Office est à la traine.
- Dans l’image 2D, les applications libres Krita et Inkscape tirent leur épingle du jeu et dépassent Affinity, en restant toutefois à environ la moitié des équivalents de la suite Adobe (Photoshop et Illustrator).
- Pour le suivi de production et la gestion des assets, Kitsu arrive environ à la moitié des usages d’Autodesk Flow Production management.
- Le montage vidéo et l’animation 2D sont très majoritairement le fruit d’applications privatives (Adobe Premiere Pro, Adobe After Effects, DaVinci Resolve et Fusion, Adobe Animate, TVPaint) et les logiciels libres sont très minoritaires, bien que quelques alternatives, relativement limitées, existent (Krita et OpenToonz pour l’animation, KDENLive et OpenShot pour le montage).
- Dans la niche que représente l’encodage vidéo et le traitement des flux en temps réel, les logiciels libres sont nombreux et majoritaires ; c’est le seul domaine où l’offre d’applications libres (OBS, Handbrake, Shutter Encoder, DuME…) dépasse l’offre privative ; il est notable que toutes ces applications reposent sur FFmpeg, brique fondamentale du traitement des flux multimédia.
Au total, les logiciels libres représentent donc 27,7% des applications, mais il est intéressant de classer les éditeurs des applications pour les comparer aux logiciels libres dans leur ensemble, considérant ceux-ci comme un moyen d’émancipation enviers les éditeurs en question. Les rapports de force et la privatisation, le contrôle des moyens de production apparait alors clairement, et montre que les outils ne sont pas le fruit d’entreprises indépendantes, éthiques, sociales ou solidaires… Et que les logiciels libres doivent continuer leur progression.
La part relativement importante de l’usage global des logiciels libres semble donc s’expliquer principalement par le grand nombre et la grande diversité des outils proposés. On constate toutefois la force des habituels grands éditeurs d’applications très utilisées, Adobe, Google, Microsoft, qui devance les éditeurs plus spécialisés tels que SideFX, BlackMagic, Maxon ou Epic Games. Autodesk est un cas particulier, éditeur pour qui le secteur de l’audiovisuel est relativement minoritaire dans son catalogue.
Peu de grandes applications libres arrivent à se hisser au niveau de leurs équivalents privatifs, hormis Blender, LibreOffice et dans une moindre mesure Krita, mais les petits outils libres sont très répandus et nombreux.
Nous supposons que cet état de fait est en grande partie lié à des considérations financières ou de nombre de contributions, dont les limites dans le domaine du libre favorisent les plus petits projets pouvants être maintenus par un nombre restreint de personnes. Le financement du libre apparait comme un point clef du développement d’alternatives aux outils privatifs, mais constatons un intérêt véritable et mesurable pour les logiciels libres de la part des utilisateurs, et l’existence d’une vaste communauté de développeurs prête à répondre à cette demande.
Il est cependant important de noter que même quand des alternatives crédibles et profressionnelles existent, comme KDENLive pour le montage par exemple, elles peuvent être peu utilisées, et nous supposons aussi un manque de communication et d’éducation populaire autour de ces sujets.



Choisir ses outils, choisir les licences libres
Au delà de l’état des lieux quantitatif sur l’usage des logiciels libres et des conclusions que nous pouvons en tirer, nous nous sommes intéressés de manière qualitative à la manière dont les répondants choisissent leurs logiciels, ainsi qu’aux critères qui peuvent leur faire préférer des logiciels libres ou leur niveau de satisfaction par rapport à ces logiciels libres, comparé aux logiciels privatifs.
Avis à propos des logiciels libres
À la question ouverte “Partagez votre avis sur les logiciels libres“, plusieurs tendances se dégagent.
J’aimerais utiliser plus de logiciel libres
La plupart des commentaires évoquent l’envie de se libérer des éditeurs, gagner en émancipation, et utiliser un maximum de logiciels libres et open-source.
[Éviter] d’être dépendant du logiciel/de la licence
[Le libre] répond vraiment une philosophie humaine que je trouve très pertinente, [il donne] de vrais moyen a l’humanité.
Les logiciels [libres] me semblent plus corrects à utiliser tous les jours, généralement j’ai l’impression que la personne ou l’organisme derrière fait plus attention aux besoins des utilisateurs.
Je travaille à petite échelle et, souvent, je trouve la communauté du libre plus réactive pour m’aider que celle d’un gros développeur.
[Le libre est] une intelligence collective qui peut s’aligner sur les usages.
C’est une forme d’émancipation que je trouve essentielle.
Les répondants évoquent cependant un certain nombre de freins à l’adoption des logiciels libres.
Je n’ai pas forcément le temps et l’énergie d’apprendre de nouveaux logiciels et de modifier mes méthodes de travail.
C’est compliqué quand de collaborer (voir d’être employable) quand tout le monde utilise les même logiciels non libres.
J’ai toujours du mal à trouver les infos, les équivalents, surtout quand il s’agit de logiciels professionnels
En entreprise, je ne choisis pas les logiciels sur lesquels je travaille.
La notion de partage du savoir et des techniques revient aussi très souvant. Notons enfin la mention dominante de Blender, clairement plebiscité par la majorité des répondants, et terminons pas ce commentaire particulier :
Bravo à tous les contributeurs.

Critères généraux de choix des logiciels
Sans surprise, deux critères se détachent largement : les fonctionnalités et la stabilité de l’application. Le prix, le fait que l’application tourne localement et ne soit pas un service en ligne, et la disponibilité d’une documentation complète ainsi que de tutoriels sont les autres critères les plus importants. Des critères que les logiciels libres n’ont pas de difficulté particulière à remplir.
Les critères les moins importants sont l’origine géographique de l’éditeur ou du développeur, le fait que le logiciel soit enseigné dans les écoles ou la disponibilité d’éléments tous faits à réutiliser.
Revenons sur l’importance de l’enseignement des logiciels dans les écoles ; si les répondants de l’enquête ne voient pas ce point comme un critère important, il n’en reste pas moins que l’existence d’une communauté large d’utilisateurs ou utilisatrices est un critère très importants, et que la disponibilité de personnes expérimentées sur le logiciel est aussi d’une importance relativement importante.
Nous constatons l’importance de l’éthique et de la réputation des développeurs, un critère jouant en faveur des logiciels libres, tandis que l’ouverture du code ou la possibilité de modifier les logiciels apparait comme très secondaire. Il faut toutefois noter que c’est là un point de vue des utilisateurs et utilisatrices, mais que c’est cette ouverture qui permet le développement de fonctionnalités plus pertinentes et répondant au plus près aux besoins autant que la fiabilité, malgré le manque de financement, via le contrôle du code et les contributions libres, alors que les fonctionnalités et la fiabilité sont, de loin, les deux critères de choix les plus importants. Ce décalage met pour nous en exergue le besoin d’éducation populaire autour des enjeux liés au code et au numérique en général.
Critères spécifiques aux logiciels libres ou privatifs ; comparaison
Au-delà du choix général, nous nous intéressons aux critères applicables spécifiquement aux logiciels libres qui peuvent pousser à leur adoption.

Choix des logiciels libres
Il est remarquable que presque tout ce qui fait la spécifité des logiciels libres est considéré important dans le choix du logiciel. Nous retrouvons évidemment les critères qui concernent les fonctionnalités et le prix, la documentation et la communauté, qui arrivent en tête, mais aussi l’importance de l’éthique et de l’indépendance, et dans une moindre mesure les raisons politiques.
Encore une fois, l’ouverture du code ou la possibilité de modifier l’outil apparaissent relativement secondaires.
Nous avons posé quelques questions ouvertes aux participants, voici un résumé des différentes réponses.
Remarques générales
- Accès à la possibilité de créer du contenu de qualité, par delà les frontières, réduisant les écarts économiques et financiers entre les gens.
Qu’est ce qui est frustrant ou limitant dans votre usage des logiciels libres ?
- Difficultés d’apprentissage (par manque de tutoriels (et d’une communauté) de niveau professionnel, à cause d’une documentation soit inexistante soit trop complexe…)
- Difficultés à changer ses habitudes ou celles des collaborateurs et collaboratrices.
- Manque d’alternatives libres, ou alternatives difficiles à trouver / non connues.
- Manque de fonctionnalités, ou interface/expérience utilisateur dégradée comparée aux logiciels privatifs équivalents.
Qu’est ce que vous appréciez avec vos logiciels libres ?
- La gratuité et l’absence d’abonnement.
- Des applications souvent similaires aux alternatives privatives.
- L’enthousiasme et l’innovation, la confiance autour de certaines applications (notamment Blender).
- Des logiciels pouvant être meilleurs que leurs alternatives privatives (en particulier Blender, Krita, Storyboarder) pour ce qui concerne les fonctionnalités ou l’interface.
- La possibilité de tester facilement, sans coût.
- La disponibilité des communautés, de tutoriels, d’entraide, la notion de partage.
- L’impression de participer à une autre idée de société.
- L’indépendance, notamment envers les grandes entreprises, et l’éthique.
Certains utilisateurs vont jusqu’à parler d’amour pour le logiciel, dans le cas de Blender !

Choix des logiciels privatifs
En mettant de côté l’importance primordiale des fonctionnalités des applications (critère valable aussi pour les logiciels libres), il est tout à fait notable que les critères importants dans le choix des logiciels privatifs exposent en réalité un non-choix, une décision prise par contrainte : parce que l’outil est déjà très utilisé partout, par manque d’alternative, ou pour une raison d’usage historique.
Les autres critères appliqués aux logiciels privatifs sont notablement moins important, y compris en les comparant aux critères associés aux logiciels libres. Il est notable aussi que, contrairement aux logiciels libres, l’éthique soit un critère de non-choix.
Nous avons posé quelques questions ouvertes aux participants, voici un résumé des différentes réponses.
Remarques générales
- L’inertie et les habitudes sont un frein au changement, les logiciels privatifs sont très bien établis dans tout le monde professionnel.
- Manque d’alternatives libres (en particulier à Adobe After Effects).
- Manque de compatibilité perçue entre les logiciels libres et chaînes de production avec des logiciels privatifs.
Qu’est ce qui est frustrant ou limitant dans votre usage des logiciels privatifs ?
- Les abonnements.
- La dépendance et le manque d’écoute des éditeurs.
- Le manque d’innovation.
- Conditions d’utilisation (licences) limitantes.
- L’obsolescence rapide au fil des mises à jour.
- L’introduction d’outils IA.
- Le fait de devoir être connecté à internet / les logiciels en ligne.
- Une sensation de se faire arnaquer.
- Le manque d’éthique des éditeurs.
- Le manque de fiabilité, en particulier mis en regard du prix ou de l’abonnement.
Qu’est ce que vous appréciez avec vos logiciels privatifs ?
- L’habitude.
- Grande communauté d’utilisateurs et d’utilisatrices, logiciels standards dans la production.
- La complémentarité des logiciels d’une même suite.
- La versatilité des applications.
Il ressort nettement de tous les témoignages reçus une intense frustration des utilisateurs et utilisatrices envers leurs logiciels privatifs, même quand elles et ils reconnaissent leurs performances et utilité. Cette frustration semble principalement venir d’un fort sentiment d’impuissane et de dépossession de leurs moyens de production.
Globalement, les logiciels libres semblent jouir d’une image bien meilleure auprès des répondants à l’enquête, ce qui est confirmé si l’on interroge leur satisfaction.


Satisfaction comparée
Que l’on traduise les critères de choix de la section précédente en un score moyen, ou en faisant la moyenne des niveaux de satisfaction des répondants à l’enquête, la satisfaction envers les logiciels libres se situe vers 66% (± 2%) tandis que celle envers les logiciels privatifs s’établit à 49,2% (± 0,6%). La différence est sans ambiguïté.
Cas spécifique des extensions
Comme on peut le constater dans les critères de choix des logiciels, dans le domaine de l’audiovisuelle, l’extensibilité des logiciels est importante ; l’usage de plugins, add-ons, scripts, et très répandu.

91,1% des répondants utilisent des extensions pour leurs applications, 35,6% d’entre eux déclarent en utiliser “beaucoup”.
Nous nous sommes intéressés au cas spécifiques de ces extensions et de leurs licences, en incluant les éléments graphiques, animés ou audio sous licences ouvertes comme les licences Creative Commons.
Dans ce champs spécifique, l’usage des licences libres ou Creative Commons est majoritaire ; et parmi les licences privatives, presque la moitié sont tout de même open source. Cela peut s’expliquer d’une part par le fait que les langages utilisés sont des langages de scripts sans compilation (Python, standard ECMAScript1, ou PHP, voir section Développement) pour lesquels il est plus complexe de masquer le code source, mais rejoint le fait que la plupart des logiciels libres utilisés sont des projets plus modestes que de grandes applications complexes.

Développement
Il est courant dans le domaine de l’audiovisuel pour les entreprises (ou même les indépendants) de développer leur propres outils, ce que nous constatatons via l’enquête où 31,1% des répondants déclarent développer leurs propres outils.

Le faible de nombre de réponses actuelles à l’enquête ne nous permet cependant pas encore de tirer des tendances claires concernant ce point particulier ; nous notons simplement que ceux distribuant le résultat de leur développement sous licence libre reste minoritaire ; non pas parce qu’ils le font sous d’autres licences, mais parce qu’ils préfèrent garder leurs outils en interne, privés, sans les distribuer.

Méthodologie et échantillon
Cette enquête a été menée au moyen d’un questionnaire anonyme en ligne, ouvert le 31 mars 2026, et toujours accessible. L’échantillon est constitué de participations volontaires de professionnels ou étudiants du domaine de l’audiovisuel au sens le plus large (prise de vues, animation, effets spéciaux, son, musique, temps réel et jeu vidéo)2 recrutés par l’intermédiaire des réseaux sociaux3.
Afin de contrôler la représentativité de l’échantillon, plusieurs questions sont destinées à en établir le profil, dont nous présentons les résultats ci-dessous.
Le questionnaire est rédigé en anglais, mais il est précisé que les réponses ouvertes peuvent aussi être rédigées en français.
Le questionnaire complet est disponible ici.
Description de l’échantillon



Malgré le caractère aléatoire du recrutement des répondants, notre échantillon est diversifié et semble équilibré, bien que nous ne puissions pas nous assurer qu’il soit représentatif. Nous notons une sur-représentation des répondants travaillant seuls, et de grandes variations dans la taille des équipes, mais qui est peut être liée à la répartition réelle des tailles des entreprises dans le domaine.

L’échantillon présente une nette sur-représentation du domaine de l’animation, et un manque dans le domaine du son, de la radio et de la musique.
Attitude par rapport aux logiciels libres
L’enquête étant menée par une association œuvrant pour la promotion des logiciels libres, il y a un risque réel de biais dans l’échantillon en faveur des licences libres. Nous nous sommes donc assurés de la position des répondants sur le sujet.

Si la grande majorité des répondants connaissent le principe des logiciels libres, une minorité en maîtrise vraiment tous les tenants et aboutissants, et l’échantillon comprend aussi des personnes qui en ont simplement entendu parler voire pour qui le concept est totalement nouveau.


Après une brève introduction expliquant le principe des logiciels libres sur le questionnaire, les répondants expriment un intérêt marqué pour les logiciels libres. Aucun déclare ne pas s’y intéresser du tout, bien qu’une partie n’expriment aucune envie d’en apprendre plus.
Si l’échantillon reflète probablement un biais en faveur des logiciels libres, nous sommes confiant sur le fait qu’il est tout de même suffisamment diversifié pour se faire une représentation fiable de l’état de l’usage des logiciels libres dans le domaine de l’audiovisuel.
Logiciels
Ce travail n’a profité d’aucun usage d’aucune intelligence artificielle, que ce soit pour la récolte, l’analyse ou la présentation des données, ou la rédaction de cet article.
Nous nous sommes mêmes attachés à n’utiliser que des logiciels libres. Ainsi :
Données
- Cliquez ici pour télécharger les données brutes de l’enquête au format CSV.
- Cliquez ici pour télécharger les données revues et graphes au format OpenDocument (.ods).
Discussion
Cette enquête est disponible en ligne depuis le 31 mars 2026, mais nous relevons la difficulté de recruter suffisamment de participants ; bien que de grandes tendances se dégagent des résultats, le faible nombre de répondants ne permet pas d’approfondir certains sujets, de même que le biais en faveur des logiciels libres des rapondants résultant de la difficulté à recruter au delà de notre cercle social.
Il nous semble important de maintenir l’accès au questionnaire pour continuer à affiner les résultats ; par ailleurs, il sera intéressant de surveiller l’évolution de ces questions au fil du temps, et donc de renouveler l’enquête régulièrement.
Une version future du questionnaire pourra aussi récolter les origines géographiques des répondants afin de s’assurer aussi de cette diversité là dans les profils.
Avec un nombre plus grands de participants, nous pourrions pousser plus loin l’analyse, en recoupant un certain nombre de données, par exemple la taille des équipes ou les types de production et l’attitude vis à vis des logiciels libres ou les critères de choix des logiciels.
- ECMAScript est un standard mis en oeuvre dans différents langages tels que JavaScript, ExtendScript (Adobe), ActionScript (Adobe), etc. ↩︎
- Lors du recrutement via les réseaux sociaux, nous avons toujours bien précisé le sens large dans notre usage du terme “audiovisuel”. ↩︎
- LinkedIn, Facebook, Discord, Mastodon, Bluesky ainsi que notre serveur de discussion Zulip. ↩︎

