EnquĂȘte sur l’utilisation des logiciels libres dans la production audiovisuelle
Dans le cadre des JournĂ©es du Logiciel Libre des 30 et 31 mai 2026 Ă Lyon, oĂč l’association RxLaboratorio sera prĂ©sente, nous avons menĂ© une enquĂȘte pour Ă©valuer l’utilisation des logiciels libres dans le domaine de la production audiovisuelle.
L’enquĂȘte est menĂ©e dans un but quantitatif, mais aussi, et surtout, qualitatif, afin d’Ă©valuer les raisons qui poussent les travailleurs et travailleuses et les entreprises Ă choisir, ou non, d’utiliser des logiciels libres, et quels peuvent ĂȘtre les freins ou les incitations Ă l’adoption de ces logiciels.
Cette enquĂȘte est faite Ă travers un formulaire en ligne, anonyme (voir la section mĂ©thodologie pour plus d’informations), qui reste ouvert ici. Nous vous invitons Ă le complĂ©ter afin de continuer Ă affiner les rĂ©sultats en augmentant le nombre de participations.
Données mises à jour le 25 mai 2026.
Table des matiĂšres
- Résumé
- Environnement
- Choix des logiciels
- Cas des extensions
- Développement
- Méthodologie et échantillon
- Discussion
Résumé
RxLaboratorio dĂ©fend les licences libres et open source comme moyen de garantir la libertĂ© des utilisateurs et utilisatrices, leur Ă©mancipation et leur indĂ©pendance, notamment afin que leurs outils ne soient jamais un frein Ă l’expression de leurs idĂ©es.
Les licences libres des logiciels garantissent quatre libertĂ©s fondamentales Ă leurs utilisateurs : la libertĂ© d’utiliser le logiciel dans n’importe quel but, la libertĂ© de modifier le logiciel comme on le souhaite, la libertĂ© de partager le logiciel, et enfin la libertĂ© de partager les modifications qu’on a faites du logiciel. La libertĂ© de l’utilisateur est donc totale. Par opposition, les logiciels non libres sont qualifiĂ©s de privatifs pour appuyer le fait qu’ils privent de certaines libertĂ©s (et sont la plupart du temps aussi privĂ©s / propriĂ©taires). Vous pouvez lire ici notre page explicative sur la plus rĂ©pandue des licences libres, la Licence Publique GĂ©nĂ©rale GNU.
Convaincue de l’utilitĂ© de ces licences, l’association cherche Ă mesurer leur usage dans les productions audiovisuelles, et les raisons qui peuvent freiner leur adoption, ou au contraire la favoriser. C’est dans ce cadre que nous prĂ©sentons ici les rĂ©sultats de cette enquĂȘte, menĂ©e en ligne via un questionnaire anonyme.
MalgrĂ© un nombre relativement rĂ©duit de participations Ă date, les profils des rĂ©pondants sont variĂ©s, et nous pouvons facilement dĂ©gager des tendances nettes, qui resteront Ă confirmer avec plus de participations. Ces tendances confirment notre intuition : l’intĂ©rĂȘt pour les logiciels libres est rĂ©el, et la satfisfaction d’utiliser des alternatives libres aux logiciels privatifs est facilement mesurable, malgrĂ© un usage encore minoritaire, pour des raisons que nous explorons ici.
Le faible nombre de rĂ©pondants ne nous permet cependant pas de faire des recoupements plus approfondis, par exemple en prenant en compte le type de productions ou la taille des Ă©quipes. N’hĂ©sitez pas Ă nous aider en rĂ©pondant Ă l’enquĂȘte et en partageant le formulaire autour de vous !
Ăvaluation quantitative et comparĂ©e de l’usage des logiciels libres
L’usage des logiciels sous licences libres semble dĂ©jĂ relativement bien rĂ©pandu, reprĂ©sentant entre 26,5% et 43,5% de la production, suivant la maniĂšre de le calculer ; il reste toutefois majoritairement cantonnĂ© Ă des applications secondaires et de nombreux, mais petits outils. En nombre de produits, les logiciels libres dans leur ensemble sont bien plus nombreux que les logiciels privatifs, mais pris individuellement, chacun de ces produits est bien moins utilisĂ© que les grandes applications des principaux Ă©diteurs de logiciels en usage dans le domaine : Google, Microsoft, Adobe, SideFX, Epic Games, BlackMagic Design, Autodesk et Maxon pour les plus importants.
Il ressort par ailleurs que les plus utilisĂ©s des logiciels libres sont aussi les applications les plus grandes et complĂštes ou complexes (Blender, LibreOffice et OpenOffice, Krita…). Il faut noter aussi que certains “petits” outils libres sont en fait des briques logicielles rĂ©utilisĂ©es par d’autres applications, y compris des logiciels privatifs (FFmpeg, OpenSSL, OpenEXR, OpenImageIO, etc.) et qu’en ce sens, les logiciels libres forment aussi un socle fondamental et indispensable, bien que non mentionnĂ© dans notre enquĂȘte. Une part substantielle de l’usage du libre ou d’outils open-source consiste d’ailleurs en extensions (plugins, add-ons, scripts…) pour des logociels privatifs qui proposent malgrĂ© tout une interface de programmation.
Le cas de Blender est exceptionnel, et dans les rĂ©sultats actuels de l’enquĂȘte, il se place en tĂȘte de liste, tous usages confondus ; ce ne serait probablement pas le cas si l’enquĂȘte se limitait aux studios d’animation ou d’effets spĂ©ciaux, qui travaillent trĂšs majoritairement avec Autodesk Maya, mais elle s’Ă©tend Ă d’autres mĂ©tiers et aux indĂ©pendants. Quoi qu’il en soit, mĂȘme si les entreprises utilisent principalement d’autres logiciels, la gratuitĂ© et la facilitĂ© d’installation font que Blender est tout de mĂȘme prĂ©sent dans de nombreuses entreprises sans ĂȘtre pour autant le logiciel phare de la production.
Ăvaluation qualitative des choix des logiciels
Au-delĂ de cet Ă©tat des lieux, nous nous sommes intĂ©ressĂ©s de maniĂšre plus qualitative Ă la maniĂšre dont les utilisateurs et utilisatrices choisissent leurs logiciels et les raisons qui peuvent pousser Ă l’adoption des logiciels sous licence libre.
Deux critĂšres se dĂ©marquent nettement dans le choix des outils, sans surprise : l’adĂ©quation des fonctionnalitĂ©s avec les besoins et la fiabilitĂ©. Les autres critĂšres les plus importants sont, dans l’ordre : le prix, la possibilitĂ© de faire tourner l’application en local (qu’elle ne soit pas un SaaS, Software as a Service), et la disponibilitĂ© d’une documentation complĂšte.
A contrario, et logiquement, il est prĂ©fĂ©rĂ© que l’application ne soit pas distante, dans le “cloud”. D’autres critĂšres sont perçus comme particuliĂšrement peu importants, par exemple la localisation gĂ©ographique du dĂ©veloppeur ou de l’Ă©diteur, ou le fait que le logiciel soit enseignĂ© dans les Ă©coles. Ce dernier point semble entrer en contradiction avec le fait que la disponibilitĂ© de personnes ayant de l’expĂ©rience sur le logiciel est un critĂšre distinctement plus important. L’association relĂšve que l’ouverture du code source tout comme la possibilitĂ© de modifier les logiciels sont des critĂšres notablement peu importants dans le choix des logiciels, en contradiction avec le besoin exprimĂ© de fonctionnalitĂ©s et de fiabilitĂ©.
Du cĂŽtĂ© des logiciels libres, les principaux critĂšres qui poussent Ă leur adoption sont, logiquement, les fonctionnalitĂ©s disponibles, mais aussi : l’absence d’abonnement ou de location, le prix, la disponibilitĂ© de la documentation, l’existence d’une grande communautĂ© d’utilisateurs et utilisatrices, et l’extensibilitĂ©, la possibilitĂ© d’ajouter des plugins. L’Ă©thique et l’indĂ©pendance sont aussi des critĂšres forts.
Du cĂŽtĂ© des logiciels privatifs, peu de critĂšres sont perçus comme particuliĂšrement importants, hormis quatre : les fonctionnalitĂ©s disponibles, le fait que le logiciel soit dĂ©jĂ trĂšs utilisĂ© par un trĂšs grand nombre, le manque d’alternatives open-source ou libres, ou pour une raison historique, le logiciel Ă©tant dĂ©jĂ intĂ©grĂ© dans une chaĂźne de fabrication. Il est notable que sur ces quatre raisons, trois d’entre elles tiennent plus de la contrainte que d’un libre choix.
Niveau de satisfaction
Les niveaux de satisfaction autour de l’usage des logiciels libres et privatifs est clairement diffĂ©rent. 14,6% des utilisateurs et utilisatrices de logiciels libres se dĂ©clarent totalement satisfait contre seulement 1,75% pour les logiciels privatifs. Sur une Ă©chelle allant de “pas du tout satisfait” (0%) Ă “complĂštement satisfait” (100%), le score des logiciels libres est de 68,3% tandis que celui des logiciels privatifs est de 48,7%.
L’insatisfaction relative liĂ©e Ă l’utilisation des logiciels privatifs semble en grande partie liĂ©e au sentiment d’impuissance et d’aliĂ©nation des utilisateurs et utilisatrices (les commentaires reçus grĂące aux questions ouvertes tĂ©moignent mĂȘme d’une intense frustration). En ce sens, il est tout Ă fait pertinent d’appuyer la dĂ©marche d’Ă©mancipation que reprĂ©sente l’adoption des logiciels libres, tout en gardant en tĂȘte que la raison principale du choix des logiciels rĂ©side dans la qualitĂ© des fonctionnalitĂ©s disponibles et leur prix.
Développement
Nous nous sommes aussi intĂ©ressĂ©s au dĂ©veloppement informatique au sein des entreprises. 31.1% des rĂ©pondants dĂ©clarent dĂ©velopper leurs propres outils, qu’ils soient simples scripts ou applications complexes. Le faible nombre de rĂ©pondants ne permet pas de tirer des conclusions fiables sur ce sujet, mais nous pouvons noter tout de mĂȘme que seulement 35,7% d’entre eux dĂ©clarent mettre leurs outils Ă disposition sous licence libre, les autres les gardant privĂ©s pour usage interne.
Environnement et usage des logiciels lires
Une premiĂšre partie de l’enquĂȘte s’attache Ă quantifier les rapports d’usage entre logiciels libres et privatifs, pour donner un aperçu de l’Ă©tat des lieux actuels.
SystĂšme d’exploitation

Microsoft Windows est incontestablement le plus rĂ©pandu des systĂšmes d’exploitation dans la production audiovisuelle, reprĂ©sentant 63,4% des usages, suivi de Linux (le systĂšme libre) avec 19% des usages et enfin Mac OS avec 17,4%.
Lors de l’enquĂȘte, nous avons laissĂ© la possibilitĂ© aux rĂ©pondants de sĂ©lectionner plusieurs systĂšmes : 11,1% des rĂ©pondants utilisent Ă la fois Windows et Mac OS, et 13,3% des rĂ©pondants utilisent Ă la fois Windows et Linux. Ceux utilisant aussi bien Mac OS que Linux ou les trois systĂšmes reprĂ©sentent moins de 5% des usages.
Ainsi, Windows est prĂ©sent chez 88,9% des rĂ©pondants, Linux chez 26,7% et Mac OS chez 24,4% d’entre eux.
Part des logiciels libres

En se basant sur la liste des logiciels utilisĂ©s, la part des logiciels libres est de 27,7% (hors systĂšme d’exploitation). Toutefois, en demandant aux rĂ©pondants d’Ă©valuer leur usage et l’importance des logiciels libres dans leur production, cette part atteint 43,3% des usages en moyenne. Cette large fourchette permet de constater un usage qui dĂ©passe a minima le quart et possiblement le tiers des outils utiles Ă la production, et confirment l’importance des licences libres dĂ©jĂ en usage aujourd’hui. Renouveler cette enquĂȘte ultĂ©rieurement, et Ă intervalles rĂ©guliers, nous permettra de suivre l’Ă©volution de ce ratio.
Nous avons Ă©tabli une liste quasi exhaustive des applications utilisĂ©es dans la production audiovisuelle (confirmĂ©e par un champ additionnel de rĂ©ponse libre sur le questionnaire, permettant aux rĂ©pondants d’ajouter de nouvelles applications). Blender arrive en tĂȘte de liste des applications utilisĂ©es, suivi de la suite Adobe Creative Cloud (qui comprend Photoshop, After Effects, Premiere Pro, etc.) et des outils d’administration (Google Docs, LibreOffice et Microsoft Office).

Il ressort que les plus utilisĂ©s des logiciels libres sont aussi les applications les plus grandes et complĂštes ou complexes (Blender, LibreOffice et OpenOffice, Krita…). Il faut noter aussi que certains “petits” outils libres sont en fait des briques logicielles rĂ©utilisĂ©es par d’autres applications, y compris des logiciels privatifs (FFmpeg, OpenSSL, OpenEXR, OpenImageIO, etc.) et qu’en ce sens, les logiciels libres forment aussi un socle fondamental et indispensable, bien que non mentionnĂ© dans notre enquĂȘte.
Le cas de Blender est exceptionnel, et dans les rĂ©sultats actuels de l’enquĂȘte, il se place en tĂȘte de liste, tous usages confondus ; ce ne serait probablement pas le cas si l’enquĂȘte se limitait aux studios d’animation ou d’effets spĂ©ciaux, qui travaillent trĂšs majoritairement avec Autodesk Maya, mais elle s’Ă©tend Ă d’autres mĂ©tiers et aux indĂ©pendants. Quoi qu’il en soit, mĂȘme si les entreprises utilisent principalement d’autres logiciels, la gratuitĂ© et la facilitĂ© d’installation font que Blender est tout de mĂȘme prĂ©sent dans de nombreuses entreprises sans ĂȘtre pour autant le logiciel phare de la production.
D’autres points de comparaison mĂ©ritent d’ĂȘtre faits :
- Dans le domaine des moteurs de rendu temps réel et interactif, le moteur libre Godot est à égalité avec Unity, bien que toujours loin derriÚre Unreal Engine.
- En ce qui concerne les outils bureautique, LibreOffice et OpenOffice combinĂ©s dĂ©passent le leader Google Docs, bien que d’un usage un peu diffĂ©rent (Google Docs permet l’utilisation collaborative en temps rĂ©el au contraire des applications hors ligne de LibreOffice ou OpenOffice), et leur usage semble ĂȘtre complĂ©mentaire plus qu’en concurrence. Quoiqu’il en soit, malgrĂ© son entrisme et un lobbying fort, Microsoft Office est Ă la traine.
- Dans l’image 2D, les applications libres Krita et Inkscape tirent leur Ă©pingle du jeu et dĂ©passent Affinity, en restant toutefois Ă environ la moitiĂ© des Ă©quivalents de la suite Adobe (Photoshop et Illustrator).
- Pour le suivi de production et la gestion des assets, Kitsu arrive environ Ă la moitiĂ© des usages d’Autodesk Flow Production management.
- Le montage vidĂ©o et l’animation 2D sont trĂšs majoritairement le fruit d’applications privatives (Adobe Premiere Pro, Adobe After Effects, DaVinci Resolve et Fusion, Adobe Animate, TVPaint) et les logiciels libres sont trĂšs minoritaires, bien que quelques alternatives, relativement limitĂ©es, existent (Krita et OpenToonz pour l’animation, KDENLive et OpenShot pour le montage).
- Dans la niche que reprĂ©sente l’encodage vidĂ©o et le traitement des flux en temps rĂ©el, les logiciels libres sont nombreux et majoritaires ; c’est le seul domaine oĂč l’offre d’applications libres (OBS, Handbrake, Shutter Encoder, DuME…) dĂ©passe l’offre privative ; il est notable que toutes ces applications reposent sur FFmpeg, brique fondamentale du traitement des flux multimĂ©dia.
Au total, les logiciels libres reprĂ©sentent donc 27,7% des applications, mais il est intĂ©ressant de classer les Ă©diteurs des applications pour les comparer aux logiciels libres dans leur ensemble, considĂ©rant ceux-ci comme un moyen d’Ă©mancipation enviers les Ă©diteurs en question. Les rapports de force et la privatisation, le contrĂŽle des moyens de production apparait alors clairement, et montre que les outils ne sont pas le fruit d’entreprises indĂ©pendantes, Ă©thiques, sociales ou solidaires… Et que les logiciels libres doivent continuer leur progression.



La part relativement importante de l’usage global des logiciels libres semble donc s’expliquer principalement par le grand nombre et la grande diversitĂ© des outils proposĂ©s. On constate toutefois la force des habituels grands Ă©diteurs d’applications trĂšs utilisĂ©es, Adobe, Google, Microsoft, qui devance les Ă©diteurs plus spĂ©cialisĂ©s tels que SideFX, BlackMagic, Maxon ou Epic Games. Autodesk est un cas particulier, Ă©diteur pour qui le secteur de l’audiovisuel est relativement minoritaire dans son catalogue.
Peu de grandes applications libres arrivent à se hisser au niveau de leurs équivalents privatifs, hormis Blender, LibreOffice et dans une moindre mesure Krita, mais les petits outils libres sont trÚs répandus et nombreux.
Nous supposons que cet Ă©tat de fait est en grande partie liĂ© Ă des considĂ©rations financiĂšres ou de nombre de contributions, dont les limites dans le domaine du libre favorisent les plus petits projets pouvants ĂȘtre maintenus par un nombre restreint de personnes. Le financement du libre apparait comme un point clef du dĂ©veloppement d’alternatives aux outils privatifs, mais constatons un intĂ©rĂȘt vĂ©ritable et mesurable pour les logiciels libres de la part des utilisateurs, et l’existence d’une vaste communautĂ© de dĂ©veloppeurs prĂȘte Ă rĂ©pondre Ă cette demande.
Il est cependant important de noter que mĂȘme quand des alternatives crĂ©dibles et profressionnelles existent, comme KDENLive pour le montage par exemple, elles peuvent ĂȘtre peu utilisĂ©es, et nous supposons aussi un manque de communication et d’Ă©ducation populaire autour de ces sujets.
Choisir ses outils, choisir les licences libres
Au delĂ de l’Ă©tat des lieux quantitatif sur l’usage des logiciels libres et des conclusions que nous pouvons en tirer, nous nous sommes intĂ©ressĂ©s de maniĂšre qualitative Ă la maniĂšre dont les rĂ©pondants choisissent leurs logiciels, ainsi qu’aux critĂšres qui peuvent leur faire prĂ©fĂ©rer des logiciels libres ou leur niveau de satisfaction par rapport Ă ces logiciels libres, comparĂ© aux logiciels privatifs.
Avis Ă propos des logiciels libres
Ă la question ouverte “Partagez votre avis sur les logiciels libres“, plusieurs tendances se dĂ©gagent.
J’aimerais utiliser plus de logiciel libres
La plupart des commentaires Ă©voquent l’envie de se libĂ©rer des Ă©diteurs, gagner en Ă©mancipation, et utiliser un maximum de logiciels libres et open-source.
[Ăviter] dâĂȘtre dĂ©pendant du logiciel/de la licence
[Le libre] rĂ©pond vraiment une philosophie humaine que je trouve trĂšs pertinente, [il donne] de vrais moyen a l’humanitĂ©.
Les logiciels [libres] me semblent plus corrects Ă utiliser tous les jours, gĂ©nĂ©ralement j’ai l’impression que la personne ou l’organisme derriĂšre fait plus attention aux besoins des utilisateurs.
Je travaille Ă petite Ă©chelle et, souvent, je trouve la communautĂ© du libre plus rĂ©active pour m’aider que celle d’un gros dĂ©veloppeur.
[Le libre est] une intelligence collective qui peut s’aligner sur les usages.
C’est une forme d’Ă©mancipation que je trouve essentielle.
Les rĂ©pondants Ă©voquent cependant un certain nombre de freins Ă l’adoption des logiciels libres.
Je n’ai pas forcĂ©ment le temps et l’Ă©nergie d’apprendre de nouveaux logiciels et de modifier mes mĂ©thodes de travail.
C’est compliquĂ© quand de collaborer (voir d’ĂȘtre employable) quand tout le monde utilise les mĂȘme logiciels non libres.
J’ai toujours du mal Ă trouver les infos, les Ă©quivalents, surtout quand il s’agit de logiciels professionnels
En entreprise, je ne choisis pas les logiciels sur lesquels je travaille.
La notion de partage du savoir et des techniques revient aussi trÚs souvant. Notons enfin la mention dominante de Blender, clairement plebiscité par la majorité des répondants, et terminons pas ce commentaire particulier :
Bravo Ă tous les contributeurs.
CritÚres généraux de choix des logiciels

Sans surprise, deux critĂšres se dĂ©tachent largement : les fonctionnalitĂ©s et la stabilitĂ© de l’application. Le prix, le fait que l’application tourne localement et ne soit pas un service en ligne, et la disponibilitĂ© d’une documentation complĂšte ainsi que de tutoriels sont les autres critĂšres les plus importants. Des critĂšres que les logiciels libres n’ont pas de difficultĂ© particuliĂšre Ă remplir.
Les critĂšres les moins importants sont l’origine gĂ©ographique de l’Ă©diteur ou du dĂ©veloppeur, le fait que le logiciel soit enseignĂ© dans les Ă©coles ou la disponibilitĂ© d’Ă©lĂ©ments tous faits Ă rĂ©utiliser.
Revenons sur l’importance de l’enseignement des logiciels dans les Ă©coles ; si les rĂ©pondants de l’enquĂȘte ne voient pas ce point comme un critĂšre important, il n’en reste pas moins que l’existence d’une communautĂ© large d’utilisateurs ou utilisatrices est un critĂšre trĂšs importants, et que la disponibilitĂ© de personnes expĂ©rimentĂ©es sur le logiciel est aussi d’une importance relativement importante.
Nous constatons l’importance de l’Ă©thique et de la rĂ©putation des dĂ©veloppeurs, un critĂšre jouant en faveur des logiciels libres, tandis que l’ouverture du code ou la possibilitĂ© de modifier les logiciels apparait comme trĂšs secondaire. Il faut toutefois noter que c’est lĂ un point de vue des utilisateurs et utilisatrices, mais que c’est cette ouverture qui permet le dĂ©veloppement de fonctionnalitĂ©s plus pertinentes et rĂ©pondant au plus prĂšs aux besoins autant que la fiabilitĂ©, malgrĂ© le manque de financement, via le contrĂŽle du code et les contributions libres, alors que les fonctionnalitĂ©s et la fiabilitĂ© sont, de loin, les deux critĂšres de choix les plus importants. Ce dĂ©calage met pour nous en exergue le besoin d’Ă©ducation populaire autour des enjeux liĂ©s au code et au numĂ©rique en gĂ©nĂ©ral.
CritÚres spécifiques aux logiciels libres ou privatifs ; comparaison
Au-delà du choix général, nous nous intéressons aux critÚres applicables spécifiquement aux logiciels libres qui peuvent pousser à leur adoption.
Choix des logiciels libres

Il est remarquable que presque tout ce qui fait la spĂ©cifitĂ© des logiciels libres est considĂ©rĂ© important dans le choix du logiciel. Nous retrouvons Ă©videmment les critĂšres qui concernent les fonctionnalitĂ©s et le prix, la documentation et la communautĂ©, qui arrivent en tĂȘte, mais aussi l’importance de l’Ă©thique et de l’indĂ©pendance, et dans une moindre mesure les raisons politiques.
Encore une fois, l’ouverture du code ou la possibilitĂ© de modifier l’outil apparaissent relativement secondaires.
Nous avons posé quelques questions ouvertes aux participants, voici un résumé des différentes réponses.
Remarques générales
- AccÚs à la possibilité de créer du contenu de qualité, par delà les frontiÚres, réduisant les écarts économiques et financiers entre les gens.
Qu’est ce qui est frustrant ou limitant dans votre usage des logiciels libres ?
- DifficultĂ©s d’apprentissage (par manque de tutoriels (et d’une communautĂ©) de niveau professionnel, Ă cause d’une documentation soit inexistante soit trop complexe…)
- Difficultés à changer ses habitudes ou celles des collaborateurs et collaboratrices.
- Manque d’alternatives libres, ou alternatives difficiles Ă trouver / non connues.
- Manque de fonctionnalités, ou interface/expérience utilisateur dégradée comparée aux logiciels privatifs équivalents.
Qu’est ce que vous apprĂ©ciez avec vos logiciels libres ?
- La gratuitĂ© et l’absence d’abonnement.
- Des applications souvent similaires aux alternatives privatives.
- L’enthousiasme et l’innovation, la confiance autour de certaines applications (notamment Blender).
- Des logiciels pouvant ĂȘtre meilleurs que leurs alternatives privatives (en particulier Blender, Krita, Storyboarder) pour ce qui concerne les fonctionnalitĂ©s ou l’interface.
- La possibilité de tester facilement, sans coût.
- La disponibilitĂ© des communautĂ©s, de tutoriels, d’entraide, la notion de partage.
- L’impression de participer Ă une autre idĂ©e de sociĂ©tĂ©.
- L’indĂ©pendance, notamment envers les grandes entreprises, et l’Ă©thique.
Certains utilisateurs vont jusqu’Ă parler d’amour pour le logiciel, dans le cas de Blender !
Choix des logiciels privatifs

En mettant de cĂŽtĂ© l’importance primordiale des fonctionnalitĂ©s des applications (critĂšre valable aussi pour les logiciels libres), il est tout Ă fait notable que les critĂšres importants dans le choix des logiciels privatifs exposent en rĂ©alitĂ© un non-choix, une dĂ©cision prise par contrainte : parce que l’outil est dĂ©jĂ trĂšs utilisĂ© partout, par manque d’alternative, ou pour une raison d’usage historique.
Les autres critĂšres appliquĂ©s aux logiciels privatifs sont notablement moins important, y compris en les comparant aux critĂšres associĂ©s aux logiciels libres. Il est notable aussi que, contrairement aux logiciels libres, l’Ă©thique soit un critĂšre de non-choix.
Nous avons posé quelques questions ouvertes aux participants, voici un résumé des différentes réponses.
Remarques générales
- L’inertie et les habitudes sont un frein au changement, les logiciels privatifs sont trĂšs bien Ă©tablis dans tout le monde professionnel.
- Manque d’alternatives libres (en particulier Ă Adobe After Effects).
- Manque de compatibilité perçue entre les logiciels libres et chaßnes de production avec des logiciels privatifs.
Qu’est ce qui est frustrant ou limitant dans votre usage des logiciels privatifs ?
- Les abonnements.
- La dĂ©pendance et le manque d’Ă©coute des Ă©diteurs.
- Le manque d’innovation.
- Conditions d’utilisation (licences) limitantes.
- L’obsolescence rapide au fil des mises Ă jour.
- L’introduction d’outils IA.
- Le fait de devoir ĂȘtre connectĂ© Ă internet / les logiciels en ligne.
- Une sensation de se faire arnaquer.
- Le manque d’Ă©thique des Ă©diteurs.
- Le manque de fiabilitĂ©, en particulier mis en regard du prix ou de l’abonnement.
Qu’est ce que vous apprĂ©ciez avec vos logiciels privatifs ?
- L’habitude.
- Grande communautĂ© d’utilisateurs et d’utilisatrices, logiciels standards dans la production.
- La complĂ©mentaritĂ© des logiciels d’une mĂȘme suite.
- La versatilité des applications.
Il ressort nettement de tous les tĂ©moignages reçus une intense frustration des utilisateurs et utilisatrices envers leurs logiciels privatifs, mĂȘme quand elles et ils reconnaissent leurs performances et utilitĂ©. Cette frustration semble principalement venir d’un fort sentiment d’impuissane et de dĂ©possession de leurs moyens de production.
Globalement, les logiciels libres semblent jouir d’une image bien meilleure auprĂšs des rĂ©pondants Ă l’enquĂȘte, ce qui est confirmĂ© si l’on interroge leur satisfaction.
Satisfaction comparée


Que l’on traduise les critĂšres de choix de la section prĂ©cĂ©dente en un score moyen, ou en faisant la moyenne des niveaux de satisfaction des rĂ©pondants Ă l’enquĂȘte, la satisfaction envers les logiciels libres se situe vers 66% (± 2%) tandis que celle envers les logiciels privatifs s’Ă©tablit Ă 49,2% (± 0,6%). La diffĂ©rence est sans ambiguĂŻtĂ©.
Cas spécifique des extensions
Comme on peut le constater dans les critĂšres de choix des logiciels, dans le domaine de l’audiovisuelle, l’extensibilitĂ© des logiciels est importante ; l’usage de plugins, add-ons, scripts, et trĂšs rĂ©pandu.

91,1% des rĂ©pondants utilisent des extensions pour leurs applications, 35,6% d’entre eux dĂ©clarent en utiliser “beaucoup”.
Nous nous sommes intéressés au cas spécifiques de ces extensions et de leurs licences, en incluant les éléments graphiques, animés ou audio sous licences ouvertes comme les licences Creative Commons.

Dans ce champs spĂ©cifique, l’usage des licences libres ou Creative Commons est majoritaire ; et parmi les licences privatives, presque la moitiĂ© sont tout de mĂȘme open source. Cela peut s’expliquer d’une part par le fait que les langages utilisĂ©s sont des langages de scripts sans compilation (Python, standard ECMAScript1, ou PHP, voir section DĂ©veloppement) pour lesquels il est plus complexe de masquer le code source, mais rejoint le fait que la plupart des logiciels libres utilisĂ©s sont des projets plus modestes que de grandes applications complexes.
Développement
Il est courant dans le domaine de l’audiovisuel pour les entreprises (ou mĂȘme les indĂ©pendants) de dĂ©velopper leur propres outils, ce que nous constatatons via l’enquĂȘte oĂč 31,1% des rĂ©pondants dĂ©clarent dĂ©velopper leurs propres outils.

Le faible de nombre de rĂ©ponses actuelles Ă l’enquĂȘte ne nous permet cependant pas encore de tirer des tendances claires concernant ce point particulier ; nous notons simplement que ceux distribuant le rĂ©sultat de leur dĂ©veloppement sous licence libre reste minoritaire ; non pas parce qu’ils le font sous d’autres licences, mais parce qu’ils prĂ©fĂšrent garder leurs outils en interne, privĂ©s, sans les distribuer.

Méthodologie et échantillon
Cette enquĂȘte a Ă©tĂ© menĂ©e au moyen d’un questionnaire anonyme en ligne, ouvert le 31 mars 2026, et toujours accessible. L’Ă©chantillon est constituĂ© de participations volontaires de professionnels ou Ă©tudiants du domaine de l’audiovisuel au sens le plus large (prise de vues, animation, effets spĂ©ciaux, son, musique, temps rĂ©el et jeu vidĂ©o)2 recrutĂ©s par l’intermĂ©diaire des rĂ©seaux sociaux3.
Afin de contrĂŽler la reprĂ©sentativitĂ© de l’Ă©chantillon, plusieurs questions sont destinĂ©es Ă en Ă©tablir le profil, dont nous prĂ©sentons les rĂ©sultats ci-dessous.
Le questionnaire est rĂ©digĂ© en anglais, mais il est prĂ©cisĂ© que les rĂ©ponses ouvertes peuvent aussi ĂȘtre rĂ©digĂ©es en français.
Le questionnaire complet est disponible ici.
Description de l’Ă©chantillon



MalgrĂ© le caractĂšre alĂ©atoire du recrutement des rĂ©pondants, notre Ă©chantillon est diversifiĂ© et semble Ă©quilibrĂ©, bien que nous ne puissions pas nous assurer qu’il soit reprĂ©sentatif. Nous notons une sur-reprĂ©sentation des rĂ©pondants travaillant seuls, et de grandes variations dans la taille des Ă©quipes, mais qui est peut ĂȘtre liĂ©e Ă la rĂ©partition rĂ©elle des tailles des entreprises dans le domaine.

L’Ă©chantillon prĂ©sente une nette sur-reprĂ©sentation du domaine de l’animation, et un manque dans le domaine du son, de la radio et de la musique.
Attitude par rapport aux logiciels libres
L’enquĂȘte Ă©tant menĂ©e par une association Ćuvrant pour la promotion des logiciels libres, il y a un risque rĂ©el de biais dans l’Ă©chantillon en faveur des licences libres. Nous nous sommes donc assurĂ©s de la position des rĂ©pondants sur le sujet.

Si la grande majoritĂ© des rĂ©pondants connaissent le principe des logiciels libres, une minoritĂ© en maĂźtrise vraiment tous les tenants et aboutissants, et l’Ă©chantillon comprend aussi des personnes qui en ont simplement entendu parler voire pour qui le concept est totalement nouveau.


AprĂšs une brĂšve introduction expliquant le principe des logiciels libres sur le questionnaire, les rĂ©pondants expriment un intĂ©rĂȘt marquĂ© pour les logiciels libres. Aucun dĂ©clare ne pas s’y intĂ©resser du tout, bien qu’une partie n’expriment aucune envie d’en apprendre plus.
Si l’Ă©chantillon reflĂštre probablement un biais en faveur des logiciels libres, nous sommes confiant sur le fait qu’il est tout de mĂȘme suffisamment diversifiĂ© pour se faire une reprĂ©sentation fiable de l’Ă©tat de l’usage des logiciels libres dans le domaine de l’audiovisuel.
Logiciels
Ce travail n’a profitĂ© d’aucun usage d’aucune intelligence artificielle, que ce soit pour la rĂ©colte, l’analyse ou la prĂ©sentation des donnĂ©es, ou la rĂ©daction de cet article.
Nous nous sommes mĂȘmes attachĂ©s Ă n’utiliser que des logiciels libres. Ainsi :
- Le questionnaire utilise une instance de Yakforms fournie par l’association Framasoft.
- Le traitement des données est fait grùce à LibreOffice.
- Certains graphiques ont pu ĂȘtre ajustĂ©s grĂące Ă Inkscape et Krita.
- Ce site internet tourne grĂące Ă WordPress et MySQL.
Données
- Cliquez ici pour tĂ©lĂ©charger les donnĂ©es brutes de l’enquĂȘte au format CSV.
- Cliquez ici pour télécharger les données revues et graphes au format OpenDocument (.ods).
Discussion
Cette enquĂȘte est disponible en ligne depuis le 31 mars 2026, mais nous relevons la difficultĂ© de recruter suffisamment de participants ; bien que de grandes tendances se dĂ©gagent des rĂ©sultats, le faible nombre de rĂ©pondants ne permet pas d’approfondir certains sujets, de mĂȘme que le biais en faveur des logiciels libres des rapondants rĂ©sultant de la difficultĂ© Ă recruter au delĂ de notre cercle social.
Il nous semble important de maintenir l’accĂšs au questionnaire pour continuer Ă affiner les rĂ©sultats ; par ailleurs, il sera intĂ©ressant de surveiller l’Ă©volution de ces questions au fil du temps, et donc de renouveler l’enquĂȘte rĂ©guliĂšrement.
Une version future du questionnaire pourra aussi rĂ©colter les origines gĂ©ographiques des rĂ©pondants afin de s’assurer aussi de cette diversitĂ© lĂ dans les profils.
Avec un nombre plus grands de participants, nous pourrions pousser plus loin l’analyse, en recoupant un certain nombre de donnĂ©es, par exemple la taille des Ă©quipes ou les types de production et l’attitude vis Ă vis des logiciels libres ou les critĂšres de choix des logiciels.
- ECMAScript est un standard mis en oeuvre dans diffĂ©rents langages tels que JavaScript, ExtendScript (Adobe), ActionScript (Adobe), etc. â©ïž
- Lors du recrutement via les rĂ©seaux sociaux, nous avons toujours bien prĂ©cisĂ© le sens large dans notre usage du terme “audiovisuel”. â©ïž
- LinkedIn, Facebook, Discord, Mastodon, Bluesky ainsi que notre serveur de discussion Zulip. â©ïž

